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RADOUAN ZEGHIDOUR
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EVASION
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Les paysages premiers, les étendues profuses, l’air frais ont de tout temps constitué le sol privilégié par delà lequel l’imagination s’enfonçait.
Les solitudes, le silence, la contemplation formaient les conditions favorables, parfois nécessaires à l’éclosion de l’inspiration.

Rousseau et ses rêveries, Nietzsche tournant autour de Sils Maria, flânaient, en quête d’une évasion qui ne se trouve que dans la nature.

A ce fait sans âge, brusquement abolis, auront succédé les enfants des villes contemporaines.
Ceux sans horizons, sédentaires, les pieds enracinés au plus profond d’un goudron qui les tient, sans  échappatoires, sans espaces de délivrance qui est la première étymologie du mot : évasion.

Poussé par une nostalgie d’un autre temps, c’est dans les lieux difficiles d’accès, interdits au public, que l’on peut toucher aux plaisirs de la solitude,  du silence et de l’isolement. Sous terre, là où personne ne va.


Tel l’alpiniste gravissant une montagne et qui à son sommet se délecte d’un sentiment d’accomplissement et contemple une étendue qui le rend à lui même, dans les lieux inaccessibles c’est une même jouissance : franchissement, contemplation, délivrance.
Ces espaces sont notre Nature, une constellation aux mille couloirs, de bois, de plaines, de forêts silencieuses, de chemins périlleux, de sommets et de grottes dans lesquels on ne pénètre plus que par effraction.

De ce type particulier d’évasion, naît alors le paradoxe que l’on s’évade dans l’enfermement.


Dans un espace dont l’accès ressemble à une intrusion dans une prison de haute sécurité, je me suis évadé.
A l’aide d’un pinceau géant et d’encre de Chine,  j’ai tenté d’y peindre un paysage.
J’ai tracé des fleurs qui comme des haïkus lancés aux murs, ou des Shodô tracés verticalement sont devenues des formes quasi abstraites.


Seulement, l’évasion ne dure qu’un temps.

Le prisonnier en cavale finit presque toujours par être rattrapé, ce que l’on fuit nous revient toujours, c’est l’inévitable retour du réel.
En peignant à travers des barreaux c’est ce que j’ai voulu réaliser pratiquement, l’entrave entre l'idéal et soi, l’impossibilité d’y accéder.


Enfin, ces fleurs sombres, noires, coulant sur les parois de murs pleins de poussières, ne sont pas sans évoquer les Fleurs du Mal de Baudelaire.
Ce même Baudelaire, qui, s’entretenant avec son âme muette, lui demandant où est ce qu’elle souhaiterait fuir, l’entendit lui crier, à bout : «  N’importe où ! N’importe où ! Pourvu que ce soir hors de ce monde ! ».




                        






        











 
radouan.zeghidour@gmail.com