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RADOUAN ZEGHIDOUR
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RADEAU ECHOUE
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Un après midi de juin


Au cœur du quartier latin, faubourg historique qui abrite mes souvenirs d’enfance, repose le premier monument de Paris:  les Arènes de Lutèce.

A l’entrée les mots de Jean Paulhan m’ont vivement frappés :
‘‘ passant songe devant ce premier monument de Paris, que la ville du passé est aussi la cité de l’avenir et celle de tes espoirs ‘‘.

En dessous de ces ruines millénaires, sommeille un tunnel afonctionnel, creusé il y a plus de cent ans.
Sans nom, il n’est sur aucunes cartes, on ne le trouve sur aucuns plans.

Sur les quais, j’attends patiemment le moment opportun. La rame surgit et je pousse d’une main timide le panneau jaune :’’ danger de mort ‘‘.
La course est risquée.

  Sous les voûtes noirs de zinc et de caoutchouc brûlé règne un silence de mort.

La magie de cette cathédrale souterraine enivre.


  A quelques mètres derrière moi est garé un métro rare et original.
Beige et rouge foncé.
Un train de transport de matériel que je peine à escalader.
Arrivé sur le haut des wagons je découvre des dizaines de palettes.
Lourdes, j ai peu d’équilibre pour les porter.

Je les balance alors une par une sur les rails, les transporte jusqu’à l’installation tout en restant vigilant, aux aguets.
Le moindres murmures électriques me signalerait le passage d’un train, un bruit de ballast et c’est l’arrivée de la sécurité.

Je me cache sans cesse.

  Les bronches emplies des pires saletés,  je termine ma construction.
L’installation aux airs d’autel, les lumières qui l’animent et le cadre qui l’abrite, lui confèrent alors une dimension solennel, quasi méditative c’est le recueillement.  

  Mais la paix qui résulte de ce silence est violemment brisée, effacée par l’arrivée foudroyante d’une vague lumineuse et assourdissante.


Aveuglé par une lumière blanche, la bête métallique me frôle, dégage des grincements stridents.
Le conducteur tire les freins et les ouvriers descendent.

Je finirai avec une escorte des rails vers les quais.

Je sors, laissant derrière moi le souvenir évanescent de cette expérience sans égal, et imagine leur surprise à la découverte de cet autel, secrètement bâtit dans les profondeurs sombres et funestes que sont les entrailles de notre ville .












 
radouan.zeghidour@gmail.com